Dans les camps rohingyas, un combat pied à pied contre la diphtérie

vendredi 12 janvier 2018 09:35

Mohammad Hossain avait d'abord supposé que son fils n'avait qu'une bénigne inflammation de la gorge, comme d'autres enfants rohingyas des camps de réfugiés du Bangladesh. Mais lorsqu'il l'a amené dans un hôpital de campagne, une

mauvaise nouvelle l'attendait.

"Je pensais que c'était les amygdales. Mais les médecins m'ont dit que c'était beaucoup plus grave", explique-t-il à l'AFP à travers son masque hygiénique, au chevet de son garçon dans l'unité d'isolation d'une clinique de Médecins sans frontières (MSF).

Car le fils de Mohammad Hossain a la diphtérie. Une nouvelle victime de cette infection qui avait jusque-là disparu du Bangladesh et a contaminé des milliers de personnes dans les immenses camps de réfugiés du sud du pays. Au moins 30 personnes, principalement des enfants, y ont déjà succombé.

Cette épidémie vient s'ajouter à la longue liste de maux qui affligent les réfugiés rohingyas, vivant dans des conditions de misère noire dans d'immenses cités de tentes.

Près d'un million de ces musulmans de Birmanie voisine s'y trouvent désormais. Environ 655.000 membres de cette communauté paria y ont trouvé refuge depuis fin août pour fuir ce que les Nations unies considèrent comme une épuration ethnique menée par l'armée birmane.

Pays parmi les plus pauvres de la planète, le Bangladesh s'était préparé à des épidémies de choléra ou de rougeole et avait lancé des campagnes de vaccination massives en ce sens.

Mais la diphtérie a pris tout le monde de court, autorités comme ONG.

"Nous avons été abasourdis quand les tests ont confirmé la présence de diphtérie dans les camps. C'est une maladie qui avait depuis longtemps disparu dans notre pays", déclare Abdus Salam, responsable sanitaire du district de Cox's Bazar (sud) où sont situés les camps.

"Immédiatement, nous avons acheté les vaccins à l'étranger pour une réponse d'urgence", ajoute-t-il.

L'Organisation mondiale pour la santé (OMS) a détecté à ce jour plus de 3.600 cas parmi la population réfugiée et une vingtaine au sein des Bangladais résidant à proximité des camps.

La diphtérie est une infection hautement contagieuse qui peut être mortelle si elle n'est pas soignée. Elle peut provoquer une paralysie du système nerveux central ou bien des voies respiratoires, entraînant la mort par asphyxie.

- 'Seulement dans les manuels' -

Sept cliniques de campagne spéciales sont sorties de terre pour absorber le flux croissant de patients depuis l'apparition de l'épidémie fin 2017, indique Roderico Ofrin de l'OMS.

À l'heure actuelle, les capacités sont d'environ 400 lits. La pénurie de docteurs sur place a nécessité d'en faire venir d'aussi loin que la Grande-Bretagne.

Une vaste campagne de vaccination est également en cours. Près de 320.000 enfants de moins de 15 ans ont déjà été vaccinés, et 160.000 autres devraient l'être en l'espace d'un mois.

Dans la clinique de MSF où le fils de Mohammad Hossain récupère lentement, le personnel médical porte des équipements de protection à usage unique. Quiconque entre en contact avec ces tentes doit porter un masque et se laver les mains à l'eau chlorée.

Selon l'infirmière en chef Carla Pla, les soignants sont face à un défi avec cette maladie "qui n'existait que dans les manuels pendant toutes ces années". Pour nombre d'entre eux, les camps de réfugiés du Bangladesh constituent les premiers cas de diphtérie de leur carrière.

D'après les Centres américains de prévention et de contrôle des maladies, les cas de diphtérie ont chuté aux États-Unis et dans d'autres pays à partir des années 1920 avec la propagation de vaccins.

Depuis son ouverture en décembre, la structure de MSF a vu passer 600 patients. Dans une autre clinique de l'ONG, 180 personnes se sont présentée en une seule journée.

Au-delà du traitement des malades, la priorité reste de bloquer la diffusion de la diphtérie en empêchant les personnes contaminées d'entrer en contact avec la population non vaccinée, une tâche particulièrement difficile dans cet environnement surpeuplé.

"Nous continuons à suivre les patients pour nous assurer que la maladie ne se répand pas", indique Carla Pla.

Par Sam JAHAN, © 2018 AFP



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