Démographie médicale en France: hémorragie des généralistes, spécialistes en hausse

mercredi 1 juin 2016 22:18

Le nombre de médecins en activité en France reste stable depuis plusieurs années, mais cache de fortes disparités: les effectifs des généralistes baissent presque partout contrairement aux spécialistes, relève l'atlas annuel du Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) qui sera présenté jeudi.

Au 1er janvier 2016, le Cnom a recensé 215.583 médecins actifs, (-0,4% entre 2007 et 2016), soit 284,4 médecins pour 100.000 habitants.

L'arrivée de nouveaux médecins, dont un quart de diplômés d'autres pays, a ainsi permis de compenser les départs à la retraite, qui ont connu une forte augmentation. En neuf ans, les effectifs des retraités (qui pour certains cumulent retraite et activité) ont crû de 87,7%.

Toutefois, si la "France n'a jamais dénombré autant de médecins", les données montrent des "augmentations significatives" (+46% en neuf ans) du nombre de médecins "temporairement sans activité" (arrêts pour décision personnelle, pour raisons de santé ou interdictions disciplinaires...) et "remplaçants", souligne l'Ordre.

Mais surtout, la stabilité globale des effectifs cache une réalité contrastée.

Si la courbe des généralistes décline, à l'inverse celle des spécialistes en activité est en constante augmentation depuis 2007: en 2020, ces derniers devraient même être plus nombreux que leurs confrères, selon les projections de l'Ordre.

Les médecins généralistes sont en effet les "premiers touchés" par les départs en retraite, relève le Cnom. Au cours de la période 2007/2016, leurs effectifs ont diminué de 8%.

"Ils connaissent une chute inexorable, et ce, de manière préoccupante puisque cette chute devrait se poursuivre jusqu'en 2025 et pourrait se traduire par la perte d'un médecin généraliste sur quatre durant la période 2007-2025", alerte l'organisme représentant la profession médicale.

- Forte baisse à Paris -

En neuf ans, les effectifs des généralistes ont baissé dans 81 départements. Les plus fortement touchés sont Paris et la Nièvre (- 25%), devant l'Yonne et les Yvelines (- 21%).

La situation est particulièrement inquiétante dans les territoires qui au départ ont une densité de généralistes faible, comme la région Centre (107,5 pour 100.000 habitants) ou la Bourgogne (113,5 pour 100.000 habitants).

La moyenne nationale de généralistes est de 132,1 pour 100.000 habitants.

Seulement treize départements enregistrent une augmentation du nombre de ces professionnels en 2015. Parmi eux, ceux situés sur la façade Atlantique, les deux Savoie, le Doubs et les Pyrénées-Orientales.

La plus forte densité de généralistes se situe en Provence-Alpes-Côte-d'Azur avec 152,6 généralistes pour 100.000 habitants, devant la Corse (143,6) et le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (143,5).

A l'opposé du "déclin" de la médecine générale, le nombre de spécialistes en activité régulière ne cesse d'augmenter dans une grande majorité de territoires.

Ainsi, la présence de spécialistes s'est intensifiée entre 2007 et 2016 dans 66 départements tandis qu'elle diminuait dans 25 autres.

Les plus fortes variations positives ont été constatées en Haute-Savoie et dans la Somme (+24% et +23% entre 2007 et 2016). Les départements ayant enregistré les plus fortes baisses sont le Cher, la Haute-Marne et la Meuse (-13% chacun).

Au-delà des différences régionales, toutes les spécialités médicales ne sont pas touchées de la même manière. Ainsi, entre 2007 et 2016, les effectifs en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent ont fondu de près de la moitié (-48,2%). Ceux de la médecine du travail ont diminué de 14,6%, de la dermatologie de 8,9% et de la rhumatologie de 8,4%.

Par Estelle EMONET, © 2016 AFP



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