Les étudiants dentistes en colère contre des "tarifs déconnectés"

vendredi 17 février 2017 14:04

Facs bloquées, Caisses primaires d'assurance maladie envahies, manifestations: depuis plus d'un mois, des centaines d'étudiants en chirurgie dentaire protestent contre les nouveaux tarifs de la Sécu qui, déplorent-ils, "ne prennent pas en compte les innovations techniques qu'on leur enseigne".

Anticipant un éventuel échec des négociations entre la Sécu et les syndicats sur les prises en charge des soins par l'Assurance maladie et les mutuelles, les étudiants se sont mis en grève le 13 janvier dans les Centres hospitaliers universitaires où nombre d'entre eux assurent des soins.

Rejoints par des dentistes récemment installés, ils multiplient depuis les actions coup de poing. A Paris, ils ont dans la nuit de jeudi à vendredi dressé un mur de parpaings devant le siège de l'Assurance maladie, bloqué la rocade à Rennes, fait des sit-in à Clermont-Ferrand ou encore Nancy. Ensemble, ils entendent alerter la population sur "l'avenir de leur profession" menacé selon eux par ce texte qui devrait s'imposer à partir de 2018.

Une nouvelle manifestation "du monde dentaire" est prévue le 3 mars.

"On ne nous donne pas les moyens d'appliquer ce que l'on apprend depuis six ans à l'université", dénonce Jennifer Gelly, étudiante en dernière année à Paris en distribuant des tracts pour "sensibiliser" les patients.

Mais les raisons financières conduisent déjà une personne sur six à renoncer à se faire soigner les dents, notamment quand il s’agit de poser des prothèses.

Ces actes, onéreux pour les patients mais plus rémunérateurs pour les professionnels, seront plafonnés selon la feuille de route fixée par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. En contrepartie, les prix des soins conservateurs (carie, détartrage...) et de prévention seront augmentés. En 2015, ils représentaient environ un quart des honoraires, mais plus de la moitié des actes.

Avec 806 millions d'euros en quatre ans consacrés à la revalorisation d'une partie de ces actes, l'Assurance maladie soulignait "un effort sans précédent". Mais le gain net pour les professionnels a été ramené à 341 millions d'euros en raison du manque à gagner induit par le plafonnement des prothèses.

- "30 ans de retard" -

"Nous ne sommes pas contre le plafonnement, mais ce que l'on voudrait c'est qu'il y ait un vrai investissement dans les soins de prévention ce qui n'est pas le cas", critique Thomas Roux associé depuis trois ans d'un cabinet du XIIe arrondissement de la capitale.

Si "les soins prothétiques coûtent cher" c’est parce qu’ "ils arrivent en fin de parcours quand on n'a pas sauvé la dent à temps", observe le trentenaire. Pourtant, dit-il, on peut sauver la dent et faire des économies. "On a des outils innovants qui permettent cette préservation, mais qui ne sont pas ou très peu remboursés par l'Assurance maladie", déplore le chirurgien dans son cabinet doté de machines sophistiquées au coût dépassant les 500.000 euros.

Ainsi équipé, il refuse de "revenir trente ans en arrière en soignant "avec des amalgames de mauvaise qualité ou en dévitalisant une dent car c'est moins cher, même si c'est moins bien pour la santé du patient".

"La mâchoire est primordiale pour se nourrir, mais c'est aussi une porte d'entrée pour les bactéries. Les infections dentaires peuvent avoir un impact sur des maladies cardiaques, sans parler de l'importance du sourire dans la vie sociale", rappelle le dentiste également enseignant à l'université.

A 28 ans, Julien Gala ne cache pas non plus son agacement face à ce texte. Il en espérait une prise en compte des techniques minutieuses nécessitant plusieurs heures de travail, mais finalement le trouve "déconnecté des pratiques enseignées".

Le dentiste se dit "conscient que certaines personnes n'ont pas les moyens de se payer certains soins comme les couronnes". Mais "ce n'est pas en les plafonnant qu'on améliore leur remboursement par l'Assurance maladie", nuance-t-il aussitôt .

"Malheureusement la Sécu s'est désengagée au fil des ans au profit des mutuelles et aux dépens des patients", conclut le dentiste. Avec "40.000 euros gagnés par an", il réfute "l'image de nanti" accolée à sa profession.

Par Estelle EMONET, © 2017 AFP



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