Le marché mondial des drogues "prospère", constate l'ONU

jeudi 22 juin 2017 15:08

Avec une production de cocaïne et d'opium en augmentation, un développement des drogues de synthèse, une hausse de la mortalité liée aux opiacés, notamment aux Etats-Unis, le marché mondial des drogues "prospère" et "se diversifie", constate l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Si "l'attention s'est portée récemment sur les menaces que faisaient planer la méthamphétamine et les nouvelles substances psychoactives (NSP), il ne faut pas oublier que la fabrication de cocaïne et d'opioïdes est en hausse", constate Yuri Fedotov, directeur de cette organisation installée à Vienne, qui publie son rapport annuel.

Ces drogues traditionnelles "restent très préoccupantes", observe-t-il encore.

Quelque 250 millions de personne, soit 5% de la population adulte mondiale, auraient consommé des drogues au moins une fois en 2015.

Toutes les substances passées en revue par l'ONUDC présentent des tendances inquiétantes.

En 2016, la production mondiale d'opium a augmenté d'un tiers par rapport à l'année précédente en raison de l'amélioration des rendements en Afghanistan favorisés par de meilleures conditions météorologiques.

À 6.380 tonnes au total, la production mondiale reste toutefois inférieure d'environ 20% au pic atteint en 2014 et proche de la valeur moyenne des cinq dernières années.

La situation des Etats-Unis est particulièrement préoccupante: la quantité d’héroïne saisie y a "fortement augmenté en 2015", selon le rapport qui parle d'une "véritable épidémie" de consommation combinée de médicaments opiacés sur ordonnance (comme le fentanyl) et d'héroïne.

Environ un quart des décès liés à la drogue dans le monde ont lieu aux États-Unis, majoritairement liés aux opiacés, les overdoses ayant plus que triplé entre 1999 et 2015, passant de 16.849 à 52.404 par an.

Sur la marché de la cocaïne, la tendance est également à la hausse qu'il s'agisse de la production, du trafic -record de saisies en 2015- et de la consommation, selon l'ONUDC.

Après avoir longtemps diminué, la culture de coca a augmenté de 30% entre 2013 et 2015, principalement en Colombie, premier producteur mondial.

La consommation semble également à la hausse aux Etats-Unis, comme en Europe où "l'analyse des eaux usées de certaines villes signale une augmentation" d'au moins 30% entre 2011 et 2016.

- Groupes armés et criminels -

De taille "relativement modeste", le marché asiatique de cocaïne se développe avec une hausse de 40% des saisies en 2015 par rapport à l'année précédente.

Dans un mouvement inverse, la méthamphétamine, dont l'usage est enraciné en Asie de l'est et du sud-est, "suscite une inquiétude croissante en Amérique du Nord, en Asie du Sud-Ouest et dans certaines parties de l’Europe".

L'expansion et la diversification des drogues de synthèse, tendance lourde des dernières années, se poursuit, mais "le marché reste dans l'ensemble de taille relativement restreinte" par rapport aux drogues traditionnelles.

L'organisme onusien exprime sa frustration face au manque de données sur les modèles économiques du trafic de drogue, qui implique criminalité organisée et groupes armés non étatiques.

En 2014, la vente de drogues aurait représenté entre un cinquième et un tiers des revenus des groupes criminels transnationaux.

Evolution notable: "le trafic de drogue n'est plus l'apanage des grands groupes criminels fortement hiérarchisés" et "des réseaux horizontaux, moins rigides prennent une importance croissante".

En 2015, environ 40% des saisies mondiales d'héroïne et de morphine ont eu lieu dans des pays situés sur la route dite des Balkans, premier itinéraire du trafic d'opiacés, mais une voie alternative contournant la Turquie, traversant les pays du Caucase, pour rejoindre l’Ukraine et la Roumanie, "semble gagner en importance".

Des groupes armés non étatiques et terroristes tirent aussi profit du commerce de drogue, souligne le rapport, citant les talibans en Afghanistan -sur le territoire desquels se situent 85 % des cultures de pavot à opium-, le groupe jihadiste nigérian Boko Haram et Al-Qaida au Maghreb islamique.

L'ONUDC estime qu’en 2016, le commerce illicite des opiacés afghans a rapporté environ 150 millions de dollars, sous forme d'impôts sur la culture du pavot et sur le trafic d'opiacés, aux groupes armés.

Erika SANTELICES, © 2017 AFP



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