Sages-femmes: Marisol Touraine peine à apaiser le mécontentement

mardi 19 novembre 2013 14:31

Marisol Touraine, ministre de la Santé, a lancé mardi des travaux sur le rôle des sages-femmes, mais peine à désamorcer le mécontentement d'une partie de la profession qui a annoncé la poursuite de la grève illimitée lancée mi-octobre.

Lors d'une table-ronde, en présence de Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mme Touraine a annoncé des travaux sur "la reconnaissance du rôle et de la place des sages-femmes dans le système de santé".

Des groupes de travail seront mis en place sur leur statut à l'hôpital, leur place dans la stratégie nationale de santé, l’évaluation des décrets périnatalité (concernant les effectifs) et la formation.

Les premières recommandations seront remises "avant la fin de l’année 2013", ont précisé les deux ministres.

La réunion, à laquelle participait également le collège des obstétriciens et gynécologues, s'est achevée à la mi-journée, laissant syndicats et associations de sages-femmes sur leur faim.

Le collectif à l'origine d'une grève illimitée lancée le 16 octobre a annoncé en fin d'après-midi la poursuite du mouvement, déplorant le manque "d'éléments concrets" sur leur statut à l'hôpital.

"Les sages-femmes réunies en assemblée générale dans toute la France ont décidé de reconduire leur mouvement de grève illimitée et elles sont plus déterminées que jamais", a dit à l'AFP Adrien Gantois du Collège national des sages-femmes, membre du collectif.

"Actuellement, 80% des sages-femmes sont grévistes à l'hôpital", a affirmé M. Gantois, évoquant une "mobilisation croissante".

Une centaine d'entre elles s'étaient rassemblées mardi aux abords du ministère en signe de soutien. "Sages-femmes en grève", "Marisol notre statut nous désole", pouvait-on lire parmi les slogans affichés sur le dos des manifestantes.

Des rassemblements devant les Agences régionales de santé (ARS) étaient aussi organisés dans différentes villes. A Strasbourg, 200 manifestants ont fait une incursion dans les locaux de l'ARS, brandissant des banderoles avec la désormais traditionnelle référence à la chanson de Stromae "Métier formidable, statut fort minable".

Plus de 250 sages-femmes ont également défilé à Lyon, elles étaient environ 200 à Bordeaux, une centaine à Limoges, Caen ou Lille.

La question des salaires "balayée"

A l'appel du collectif, une manifestation nationale avait réuni à Paris plusieurs milliers de sages-femmes le 7 novembre, conduisant Mme Touraine à convoquer cette table ronde.

La question des salaires "balayée"

Le collectif souhaite que les sages-femmes exerçant à l'hôpital sortent du statut de la Fonction publique hospitalière pour intégrer un statut médical, sur le modèle des praticiens hospitaliers (médecins), afin d'être mieux reconnues.

"La ministre a laissé ouvertes les deux options, soit une sortie du statut de la Fonction publique hospitalière, soit un maintien. Nous allons travailler à voir quelles seraient les conséquences des deux possibilités", avait dit Nicolas Dutriaux, l'un des représentants du collectif.

Le collectif souhaite aussi que les sages-femmes libérales soient mieux identifiées comme praticien de premier recours, c'est-à-dire premier professionnel de santé auquel peuvent avoir accès les femmes pour leur suivi gynécologique, comme les gynécologues.

"La ministre a tenu un discours très cohérent par rapport à ce que nous demandons là-dessus, à savoir +comment faire pour que les femmes soient plus facilement orientées vers nous?+", a estimé M. Dutriaux, jugeant ce point "acquis".

Les syndicats représentatifs, également conviés à la réunion, ont regretté que la question - centrale pour eux - des salaires ait été "balayée" par la ministre, a dit à l'AFP Annie-Claude Ottan (CGT).

"Sur le fond, les revendications du collectif et des sages-femmes représentées par les syndicats sont les mêmes, mais nous ne sommes pas d'accord sur les moyens d'obtenir un statut médical qui convienne à la profession", a affirmé Mme Ottan.

Les syndicats - hormis la CFTC membre du collectif - refusent que les sages-femmes hospitalières quittent le statut de fonctionnaire.

En parallèle, ces syndicats ont commencé des négociations sur les salaires, mais les premières propositions du ministère à ce sujet ont été rejetées.

Plus de 20.000 sages-femmes exercent en ville ou à l'hôpital, où leur salaire débute à 1.400 euros par mois.

Eric Feferberg, © 2013 AFP



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