Des "urgentistes sociaux" au coeur des services de police et de gendarmerie

samedi 28 octobre 2017 09:37
Tags : social

Personnes âgées victimes d'escroquerie, mineurs maltraités, témoins en danger, femmes victimes de violences conjugales: tel est le quotidien des 260 intervenants sociaux qui oeuvrent, loin des clichés, dans les services de police. Une fonction à l'équilibre budgétaire fragile mais essentielle dans les rapports police-population.

Lucie Manzinali a troqué sa "cage à poules" où "les victimes étaient à la vue de tous" pour un grand bureau au premier étage du commissariat d'Evry: "ici, on n'entend pas les auditions, les cris. C'est plus discret, plus confidentiel", dit cette intervenante sociale de 26 ans, salariée d'une association d'aide aux victimes de l'Essonne, Mediavipp 91.

Dans cet hôtel de police où la détresse humaine déborde souvent le cadre froid de la procédure pénale, Mme Manzinali se présente comme "une urgentiste sociale".

Son objectif? "Que les gens repartent avec la satisfaction d'avoir été entendus et pris en charge de manière plus large qu'un simple papier remis lors du dépôt de plainte."

Dans les 14 commissariats de l'Essonne, où cette travailleuse sociale se déplace, les violences conjugales occupent 75% de son travail.

Sa mission principale: la mise à l'abri de la personne en difficulté. Alors que le compagnon est entendu en garde à vue, elle n'a alors souvent que quelques heures trouver aux victimes un hébergement, auprès du Samusocial, ou un logement, via ses contacts au sein des bailleurs, des mairies ou à la préfecture.

Deux fois sur trois, ce sont les policiers qui lui rapportent les violences, constatées au cours de leurs interventions. Elle a également un accès direct aux mains courantes déposées au commissariat, ainsi qu'aux télégrammes – comptes rendus d'interventions – rédigés par les policiers.

"Sur la problématique spécifique des violences faites aux femmes, les intervenants sociaux en commissariat et en gendarmerie sont devenus un maillon essentiel de la prise en charge", dit Pascale Dubois, présidente de l'ANISCG (Association nationale des intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie).

- "Pas juste des interpellations" -

"Plus largement, au quotidien, les policiers et les gendarmes qui ne sont pas nécessairement formés pour ça ou n'ont pas le temps, savent qu'ils peuvent se reposer sur un professionnel pour toutes ces personnes en situation de détresse", ajoute Mme Dubois.

Lancée dans les années 1990, l'intervention sociale dans les services de police s'est élargie aux gendarmeries à partir de 2004. En 2017, 260 postes sont répartis dans la quasi-totalité des départements.

"Il y a quelques années, nous avions fait le pari de monter jusqu'à 500", dit Mme Dubois. Le resserrement budgétaire dans les services de l'Etat, les collectivités territoriales et les associations qui financent ces postes, en ont décidé autrement.

"La tension actuelle et les restrictions sont une épée de Damoclès sur chacun de ces postes", déclare Pascale Dubois.

Pourtant, dit-elle, "dans le cadre du rapprochement police/population, c'est un dispositif qui a déjà fait ses preuves".

Même s'il arrive aux intervenants sociaux d'accompagner les victimes "jusqu’au bureau du policier" pour vaincre "leur peur de pousser la porte d’un commissariat et porter plainte", l'intervention sociale n'est pas liée en amont ou en aval à un dépôt de plainte et le respect du secret professionnel est de mise.

"Cela permet de montrer qu'un service de police, ce n'est pas juste des contraventions ou des interpellations en complétant notre action auprès des victimes et des autres usagers", témoigne Laurence Gayraud, commissaire de Sarcelles.

En moyenne, 50% des situations rencontrées par les intervenants sociaux en commissariat et en gendarmerie, ne sont pas connues du service social censé légalement les prendre en charge.

Par Alexandre HIELARD, Gregory DANEL, © 2017 AFP



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