Scandale des pilules de 3e et 4e génération : + 4 % d’IVG !

Par Dr Philippe Presles le 27 Octobre 2014
Fin 2012, les pilules de 3ème et 4ème génération ont été accusées d’augmenter le risque d’accidents thromboemboliques (Phlébites et accidents vasculaires cérébraux) par rapport aux pilules de 1ère et 2ème génération.

En pratique, ce risque est très faible et survient essentiellement au cours du premier trimestre suivant la mise en place de la nouvelle pilule. C’est la raison pour laquelle il avait été rappelé à cette occasion que les bonnes pratiques médicales recommandent de commencer par une prescription de pilule de 1ère ou 2ème génération. Et c’est seulement si elle est mal supportée que le relais par une pilule moins dosée de 3ème ou 4ème génération peut être envisagé.

Mais souvenez-vous, cette information fit l’objet d’une véritable déferlante médiatique à l’occasion de dépôts de plaintes de patientes contre les laboratoires commercialisant les pilules de nouvelle génération. Il en est résulté un très fort recul des ventes de ces pilules et une augmentation des ventes des autres pilules plus anciennes.

Cela a soulevé déjà à l’époque la contestation de nombreux médecins qui constataient que de nombreuses des femmes leur demandaient de changer leur pilule, effrayées par les médias, alors qu’elles prenaient leur pilule depuis plusieurs mois ou années et la supportait bien. Autrement dit, leur risque était extrêmement faible, le premier trimestre de prescription étant passé. En revanche, arrêter leur pilule pour les remettre sous une autre pilule revenait à les réexposer au risque thromboembolique qui survient surtout au début du traitement comme nous l’avons vu. Mais ces mêmes médecins expliquaient que le risque le plus important était à venir : nombre de femmes avaient tout simplement arrêté toute pilule à cette occasion, s’exposant au risque de tomber enceinte. Cette prédiction s’est-elle avérée ? La réponse est oui.

Afin de vérifier cette hypothèse, 2.300 IVG ont été comptabilisées dans 11 centres. Il s’agissait d’IVG survenues après un arrêt de leur contraception par des femmes ayant déclaré avoir été effrayées par les informations de l’époque. Rapporté au nombre moyen d’IVG habituellement pratiquées en France, cela correspond à une augmentation de 4 % des avortements directement dus au scandale médiatique des pilules de 3e et 4e génération. Ce phénomène s’étant étalé sur une année environ, on arrive à un total de 10.000 femmes victimes des médias. Cela est d’autant plus préoccupant que les conséquences d’une IVG sont importantes et très supérieures à celles liées à la prise d’une pilule de 3ème ou 4ème génération, y compris en terme de risques thromboemboliques. Cette malheureuse histoire nous confirme une fois de plus que la peur est souvent source de graves problèmes.

Carte Blanche Santé
Source:
S Pozzi-Gaudin et coll., Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologique de la Reproduction, 30 septembre 2014, DOI: 10.1016/j.jgyn.2014.08.006, http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S036823151400221X.
Crédit image : Fotolia.com © Dominique VERNIER

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