Renault Trucks face à plus de 1.200 plaignants exposés à l'amiante

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Renault Trucks face à plus de 1.200 plaignants exposés à l'amiante

Le mardi 12 mars 2019 à 14:32 automobile amiante entreprises ressources humaines matériaux social

Renault Trucks face à plus de 1.200 plaignants exposés à l'amiante

Le site de Renault Trucks à Vénissieux, dans le Rhône, en avril 2015
Le site de Renault Trucks à Vénissieux, dans le Rhône, en avril 2015

"Que ce procès serve de leçon": plus de 1.200 retraités ou salariés en fin de carrière de Renault Trucks à Vénissieux (Rhône) ont voulu faire valoir mardi un "préjudice d'anxiété" devant le conseil des prud'hommes de Lyon.

"Il faut que le lieu de travail soit sain et que nos enfants ne connaissent pas cela", a déclaré à l'AFP l'une des plaignantes, Nicole Gros, retraitée de 63 ans, dont le mari et le fils travaillent également chez Renault Trucks.

"On s'en fiche du côté financier", a ajouté Mme Gros, forte de ses 42 ans de carrière chez "Berliet", qui devint Renault Trucks, désormais filiale de Volvo.

"Dans notre famille, on est déjà bien touché par les cancers, on n'avait pas besoin de ça, surtout que les conséquences peuvent arriver dans dix ou vingt ans et, de temps en temps, on se demande ce qui va se passer", a-t-elle dit.

Mardi, le conseil des prudhommes a examiné 1.208 dossiers. Environ 200 autres feront l'objet d'une autre audience dans quelques mois.

L'audience, hors normes au vu du nombre de plaignants, a été délocalisée dans une salle polyvalente à Rillieux-la-Pape, dans la banlieue lyonnaise.

Le jugement a été mis en délibéré au 29 octobre prochain, pour laisser aux juges le temps d'étudier tous les dossiers.

"La jurisprudence est extrêmement claire : à partir du moment où les salariés prouvent qu'ils ont travaillé sur un site classé amiante, ils ont le droit de bénéficier du préjudice d'anxiété", a estimé l'avocat des plaignants, Me Cédric de Romanet.

- 18 millions d'euros -

Le site de Renault Trucks (ex-RVI) à Vénissieux a été reconnu site amiante par arrêté publié au Journal officiel à l'automne 2016, permettant ainsi aux salariés en poste jusqu'en 1996 d'avoir droit au dispositif de retraite anticipée des travailleurs de l'amiante.

Cette inscription concerne la période allant de 1964 à 1996.

Me de Romanet a réclamé 15.000 euros pour chacun des plaignants, soit 18 millions d'euros au total, considérant que "les études épidémiologiques montrent, malheureusement, que le temps d'exposition est sans effet" sur le risque de développer une maladie grave liée à l'amiante.

L'avocate de Renault Trucks et des quatre autres sociétés mises en cause, Me Elodie Bossuot-Quin, a plaidé que seuls deux secteurs de ce "site industriel très étendu" d'environ 79 hectares étaient concernés par l'exposition à l'amiante - la fonderie et l'activité car et bus -, contestant "l'exposition au risque dans les autres secteurs".

"On est en train de parler d'une période durant laquelle l'utilisation de l'amiante n'était pas interdite", a également souligné Me Bossuot-Quin, concluant que "l'employeur ne pouvait pas avoir connaissance du risque".

Les plaignants, essentiellement des retraités et quelques salariés en fin de carrière de Renault Trucks à Vénissieux, vivent "toujours avec une épée de Damoclès", a estimé de son côté le président de l'association Prévenir et Réparer (APER), Jean-Paul Carret. "Ca trotte dans les têtes à chaque fois qu'ils apprennent qu'un ancien collègue est mort".

L'association APER a recensé au moins une "vingtaine" de décès liés à l'amiante depuis 2000 et une "quarantaine" de cas reconnus comme maladies professionnelles.

"A l'époque, personne n'était averti, on découpait l'amiante à la scie, il n'y avait aucune aspiration, on utilisait des soufflettes pour nettoyer les postes de travail", a déploré M. Carret, pour qui la "prise de conscience" a eu lieu à la fin des années 1990 "après les premiers décès".

Le secrétaire de l'association, Patrick Gérard, a pour sa part déploré que "sur le plan pénal, la bataille n'avan(çait) pas". "Aujourd'hui, on sait faire condamner l'entreprise mais on n'arrive pas à faire condamner les patrons, les donneurs d'ordre", a-t-il regretté.

Sans vouloir présager de l'issue de l'audience, Me Cédric de Romanet a estimé que ses clients avaient eu "le sentiment d'avoir été entendus" ce mardi. "Pour eux c'était important", a-t-il relevé.

Philippe DESMAZES, © 2019 AFP


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